Leçon 3 – D’Abraham à Isaac (Genèse 12 à 24)

Abraham

Abraham apparut sur terre vingt siècles av. J.-C., il y a 4000 ans. À cette époque, Dieu n’était pas connu. Chaque pays avait ses dieux, dont un était supérieur aux autres, polythéisme et mythologie étaient partout avec les dieux qui changeaient de noms selon le pays. L’idolâtrie régnait partout sous la forme de statues en bois ou en pierre des dieux assyriens, babyloniens, cananéens etc. Les idoles de la mythologie grecque pullulaient 1500 ans encore après Abraham. Les empires idolâtres (assyrien, babylonien, grec et romain) opposèrent au monothéisme naissant un refus absolu. Ils le combattirent farouchement et persécutèrent les premiers croyants. On trouve un écho de cette résistance au monothéisme dans les régimes athées modernes.

Du temps d’Abraham, il n’y avait ni Juifs ni Hébreux. Contrairement à ce que prétendent certains, Abraham est un Syrien de Harân, non un Hébreu. Les scribes, dans un but raciste, s’efforcèrent de convaincre leurs coreligionnaires d’une erreur historique en prétendant que les Juifs existaient avant Abraham comme un peuple hébreu. Celui-ci descendrait d’un des fils de Sem, Héber d’où le nom hébreu. Certains présentent ce peuple comme la « race » d’Héber.

Les fils de Sem, d’après les écrivains de la Genèse, sont: Elam, Ashur, Arpakshad, Lud et Aram. Il faut noter que ces fils de Sem sont des noms de pays: Elam était au sud de l’Iran et sa capitale était Suse, Ashur était l’Assyrie (l’Irak actuel), Lud est probablement en Palestine (l’aéroport de Lod en Israël) et Aram est la Syrie. Cela revient à dire que toutes ces régions, ayant appartenu aux fils de Sem, sont les propriétés des Hébreux par héritage et forment le « Grand Israël », l’empire auquel aspirent les Israéliens aujourd’hui. Ces limites figurent sur la monnaie israélienne actuelle.

Les scribes bibliques, cherchant à justifier leur sentiment d’être le « peuple élu », présentent Abraham comme déjà hébreu lors de son appel, étant « fils d’Héber » descendant d’Arpakshad (Genèse 11,10-26), fils de Sem. Cet « Héber » aura donné son nom aux Hébreux (Genèse 11,14). Toute cette mise en scène généalogique vise à présenter les Hébreux comme élus par Dieu, tous ensembles, en la personne d’Abraham. Ainsi donc, le monde entier devrait comprendre que tous les Juifs, de tous les temps et de tous les lieux forment l’unique « peuple élu », la seule race choisie et placée par Dieu au-dessus de toutes les autres races.

C’est pourquoi les scribes insèrent avec finesse dans Genèse 14,13: « Abram l’hébreu ». Ce qualificatif est glissé subrepticement par la « plume mensongère des scribes » (Jérémie 8,8) pour acquérir des privilèges raciaux et socio-politiques. Moïse, pour combattre cette tendance fanatique rappelle aux Juifs que leur père Abraham, « était un Araméen (un syrien) errant… » (Deutéronome 26,5), non un hébreu. Il suffit de lire la Genèse pour se convaincre que toute la famille d’Abraham, ses fils ainsi que leurs épouses sont syriens. Nulle part la Bible ne parle d’un peuple hébreu pré-existant à Abraham… L’Histoire non plus!

Dieu choisit donc un homme et non point un peuple, un Syrien (araméen) et non un Hébreu. Les Hébreux n’existaient pas encore à l’époque.

Dieu bénit Abraham puis lui dit: « Par toi se béniront toutes les nations de la terre » (Genèse 12,3). Les rabbins interprètent ce verset ainsi: « Par toi se béniront les Juifs de toutes les nations de la terre ». Cette interprétation restrictive n’est pas l’intention de Dieu.
L’appel de Dieu se fit à Abraham quand celui-ci avait 75 ans et sa femme Sara 65 ans. Il se trouvait alors à Harân, au nord de la Syrie. Dieu lui dit: « Quitte ton pays, ta parenté… pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple… » (Genèse 12,1-2), « une grande nation » traduisent les rabbins pour donner une nuance politique, israélienne, au choix divin.

Plus tard, Dieu changea le nom d’Abram en Abraham (Ab=père), « car, lui dit-il, je te fais père d’une multitude de peuples » (Genèse 17,5). Ici apparaît le plan universel de Dieu: il englobe tous les hommes et n’est pas au profit exclusif d’un groupe particulier. Les Juifs fanatiques ne voient dans cette multitude que les Juifs dispersés parmi les nations pour gouverner le monde. Ces nations sont les descendants de Japhet, les non-Juifs à « partir de qui se fit la dispersion (des non-Juifs) dans les îles des nations, chacun selon sa langue, selon leurs clans et selon leurs nations » (Genèse 10,1-5). Les « îles des nations » représentent les îles et les pays méditerranéens ainsi que le monde non-juif.

Jésus dénonça le racisme des scribes et des pharisiens. Ses disciples comprirent que Dieu n’avait jamais choisi un « peuple », mais a voulu former une communauté de croyants de laquelle devait naître le Messie. Cette communauté avait pour mission de préparer les hommes, tous les hommes, à ce grand plan divin, au lieu de garder pour elle seule ce dessein de salut universel. Les Apôtres comprirent que tous ceux qui croient en Jésus sont des fils d’Abraham, cette filiation étant d’ordre spirituel, non charnel. St Paul dit en effet: « Si vous appartenez au Christ-Jésus, vous êtes donc la descendance d’Abraham » (Galates 3,29). Cette descendance bénie est donc universelle, comprenant toutes les nations et toutes les races comme cela fut annoncé à Abraham.

Abraham fut appelé 2000 ans av. J.-C.; ainsi le Christ est exactement entre lui et nous, hommes du XXIe siècle. Certains se demandent pourquoi Dieu a tant attendu pour se manifester aux hommes. Il y eut tant de milliers de siècles avant Abraham! La réponse est la suivante: le péché originel a fait perdre à l’homme ses facultés spirituelles et psychologiques. Il a fallu attendre longtemps pour que celui-ci récupère, à travers les longs siècles, un minimum de capacités le rendant apte à la réflexion. Alors il a pu atteindre un certain degré de maturité intellectuelle pour comprendre que Dieu est Esprit, qu’il est unique, qu’il ne faut pas le chercher dans les objets matériels (soleil, etc.) ni dans les idoles. Aujourd’hui encore, beaucoup sont incapables de saisir les réalités spirituelles et l’existence du Dieu unique. Dans des sociétés dites civilisées le fétichisme et la superstition règnent encore. Il y a encore des tribus polythéistes en Afrique, en Asie, en Amérique et en Australie. Tu réaliseras combien il est difficile de révéler Dieu aux hommes de notre siècle: ils doivent avoir un minimum d’intérêt spirituel et atteindre une certaine maturité morale pour accepter Dieu… ou le refuser au profit d’intérêts personnels même après L’avoir connu.
Ainsi, André Gide, après s’être repenti de ses désordres homosexuels et avoir déclaré son amour à Dieu, s’adresse à Lui, disant:

« Pardon, Seigneur! Oui, je sais que je mens. Le vrai c’est que, cette chair que je hais, je l’aime encore plus que Vous-même » (« André Gide par lui-même », Écrivains de toujours, Éditions du seuil, Claude Martin, 1963)

Ils sont légions ceux qui pensent ainsi.

Abraham est invité par Dieu à quitter son pays, la Syrie, sa parenté et la maison de son père. Il fallait l’éloigner de son environnement idolâtre et polythéiste pour l’isoler, loin de toute contamination spirituelle et des attaques adverses. Dieu l’envoya là où nul ne le connaissait pour sauvegarder son plan et garantir sa bonne évolution. Abraham devait se détacher de la société qui le connaissait, des parents et amis qui présentaient un danger pour sa nouvelle foi. C’est le cas de toute personne qui commence à découvrir Dieu et la vie spirituelle; cela suscite l’animosité des matérialistes. Jésus n’avait-il pas dit: « On aura pour ennemis les gens de sa famille »? (Matthieu 10,36). Tout homme qui entend l’appel de Dieu et veut se laisser attirer par la vie de l’âme doit savoir se déconditionner, détacher sa mentalité, la libérer des liens susceptibles d’entraver son élan intérieur. Cela est expliqué dans le « Préliminaire » et la « Prise de conscience ». Il faut avoir le courage de rompre avec toute personne qui nous empêche d’évoluer, fut-ce des membres de la famille. Le Psaume (45,11) dit à l’âme croyante: « Écoute, ma fille, vois et tends l’oreille, oublie ton peuple et la maison de ton père (déconditionne-toi!): alors le Roi (Dieu) te trouvera belle. Il est ton Seigneur, prosterne-toi devant lui! « . Et le Christ dit encore à ce propos: « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi, n’est pas digne de moi » (Matthieu 10,37).

Voici maintenant les points les plus importants de cette leçon:

Dieu promet à Abraham une descendance et une terre (Genèse 12,6-7)

Après avoir demandé à Abraham de quitter son pays, la Syrie, Dieu lui annonce qu’il le protégera et le récompensera: « Ne crains pas, Abram! Je suis ton bouclier, ta récompense sera très grande ». Cette déclaration ne satisfait pas l’Appelé: « Mon Seigneur Yahvé, que me donnerais-tu? Je m’en vais sans enfants… » Et Dieu, pour le consoler, lui promet une descendance aussi nombreuse que les étoiles (Genèse 15,1-6).


Sites mésopotamiens et proche-orientaux de l’Antiquité en rapport avec l’histoire des patriarches

À cette promesse Dieu ajouta celle de lui donner, ainsi qu’à ses descendants, une terre d’accueil en compensation de celle qu’il avait quittée: « C’est à ta postérité que je donnerai ce pays » (Genèse 12,7). Les scribes passent abruptement de la descendance réclamée par Abraham à une terre non réclamée et non spécifiée. Elle ne fut désignée que plus tard: la terre de Canaan, la Palestine.

Ce don géographique aux descendants d’Abraham est à l’origine de la notion de « Terre Promise » que les Hébreux, tout au long des siècles et à tort, se sont attribués exclusivement. Pour rectifier cette fausse interprétation, il faut comprendre ce que sont, d’après Dieu, cette terre et la vraie descendance d’Abraham.

La terre que Dieu promet n’est pas un lieu géographique, elle est le symbole d’une réalité plus haute et éternelle. Il s’agit du bonheur céleste, celui dont jouissait Adam avant son expulsion du Paradis. Cette « Terre Promise » symbolise Dieu lui-même, seul capable de rassasier pleinement l’âme assoiffée de vie et de bonheur; le Créateur est la seule Patrie stable et sûre. À jamais.

St Paul confirme ce fait spirituel de la Terre Promise en disant: « Par la foi, Abraham obéit à l’appel de partir vers un pays qu’il devait recevoir en héritage… Il vint séjourner dans la Terre Promise comme en un pays étranger… C’est qu’il attendait la Ville pourvue de fondations dont Dieu est l’Architecte… » (Hébreux 11,8-10). Cette Ville non terrestre est Dieu lui-même, « car, explique encore Paul, nous n’avons pas ici-bas de cité permanente, mais nous recherchons celle de l’avenir » (Hébreux 13,14).

Quant aux descendants d’Abraham, ils sont les disciples de Jésus. Paul signale ce fait en disant ceci: « Si vous appartenez au Christ, vous êtes donc la descendance d’Abraham, héritiers (de la Terre céleste) selon la promesse » (Galates 3,29).

Dieu invita Abraham à s’installer en Canaan pour y vivre en paix avec les habitants du pays. L’intention divine était que cette première communauté monothéiste répande avec fraternité et sagesse la lumière du Dieu unique autour d’eux. Le but de Dieu n’était pas « d’expulser, en les chassant, les habitants du pays… » comme l’avouent les scribes sans vergogne dans le livre des Nombres (Nombres 33,55). Ce sont de tels versets que Jérémie dénonce comme mensongers (Jérémie 8,8). Le but de Dieu en appelant Abraham n’a jamais été politique ni nationaliste, mais spirituel et universel.

Quand les Juifs pénétrèrent en Palestine au XIIIe siècle av. J.-C., après leur sortie d’Égypte avec Moïse, ils s’y installèrent et voulurent créer un royaume israélien. Cette politisation du judaïsme fut condamnée par Dieu et les prophètes.

Abraham n’avait pas pour mission d’établir une nation « comme toutes les nations », mais de former une communauté monothéiste composée de toutes les nations. Cette mission consistait à révéler le Dieu unique et à préparer l’humanité à accueillir le Messie. Les Juifs ont dévié le plan universel de Dieu en transformant le judaïsme en sionisme politique.

Quand les scribes rédigèrent la Bible au Xe siècle av. J.-C., le royaume israélien était déjà fondé. La mise par écrit de la Bible se fit donc dans un esprit déjà politisé, sionisé. La Révélation divine passait par le prisme sioniste et les scribes s’efforcèrent d’insérer dans les textes un ton et des insinuations favorables à leur politique. Les prophètes ne manquèrent pas de dénoncer cette pratique « mensongère » (Jérémie 7,22 / 8,8).

Pour créer un état israélien, par le passé comme aujourd’hui encore, des crimes innommables furent commis et continuent encore de l’être. Les prophètes Michée et Isaïe, huit siècles av. J.-C., avaient déjà dénoncé « les chefs de la maison d’Israël qui exècrent la justice et qui construisent Sion (le sionisme) avec le sang et Jérusalem (capitale d’Israël) avec le crime » (Michée 3,9-10). « Malheur à ceux qui ajoutent maison à maison et joignent champ à champ, au point de prendre toute la place et de rester les seuls habitants du pays » (Isaïe 5,8).

Ainsi, d’après les prophètes eux-mêmes, un nationalisme juif ne peut être édifié que sur l’injustice.

Au XIIe siècle av. J.-C., Gédéon avait compris cela. À la demande des Israélites de le proclamer roi d’Israël, il opposa un refus catégorique: « Ce n’est pas moi qui régnerai sur vous, ni mon fils non plus, car c’est Yahvé qui doit être votre roi » (Juges 8,22-23). Le prophète Samuel refusa lui aussi de céder à la demande des chefs israéliens qui lui demandèrent: « Etablis-nous un roi pour qu’il nous régisse, comme les autres nations. Cela déplut à Samuel… » Le prophète tenta de les dissuader, « mais le peuple refusa d’écouter Samuel et répondit: « Non! nous aurons un roi et nous serons nous aussi comme toutes les nations » (1 Samuel 8,4-21). Le peuple réalisa ensuite qu’en fondant un royaume ils avaient gravement péché et avouèrent à Samuel: « Nous avons mis le comble à tous nos péchés en demandant pour nous un roi » (1 Samuel 12,19).

Jésus, à son tour, rejeta un tel royaume terrestre. Voilà pourquoi, voyant que les nationalistes juifs, éblouis par ses miracles « allaient venir l’enlever (par la force) pour le faire roi (politique), il s’enfuit alors dans la montagne, tout seul » (Jean 6,15). Devant Pilate qui lui demandait: « Donc tu es roi? « , Il déclara: « Tu le dis, je suis roi… Mon royaume n’est pas de ce monde » (Jean 18,36-37).

Par conséquent, tout Chrétien qui reconnaît aux Juifs le droit de considérer la Palestine comme leur terre promise, démontre qu’il n’a rien compris au message de Jésus. Un Chrétien favorable à l’instauration d’un état israélien cesse d’être le témoin de Jésus.

Remarque, enfin, que les frontières précisées de cette terre « promise » varient dans la Bible selon les ambitions et les appétits des différents scribes tout au long des siècles: dans Genèse 15,18, elles vont du Nil à l’Euphrate, dans Nombres 34,1-12, la frontière orientale s’arrête au Jourdain et à la Mer Morte, bien loin de l’Euphrate…, dans Josué 1,4 c’est de nouveau jusqu’à l’Euphrate, mais à l’occident la frontière se rétrécit jusqu’au Sinaï et n’ose pas s’étendre jusqu’au Nil. Si Dieu avait été l’inspirateur des frontières israéliennes, celles-ci n’auraient pas été aussi fantaisistes. Dieu ne se contredit pas.

Melchisédech (Genèse 14,17-20)

Il est très important de connaître Melchisédech car il symbolise le Messie comme l’explique Paul dans Hébreux 7,1-3: « Ce Melchisédech, roi de Salem… qui est sans père et sans mère (connus), sans généalogie, dont les jours n’ont pas de commencement et dont la vie n’a pas de fin, est assimilé au Fils de Dieu (Jésus)… »

Maintenant lis d’un trait les chapitres 12 à 50 de la Genèse. Tu y rencontreras des points obscurs, étrangers à notre mentalité et aux coutumes du XXIe siècle. Ne t’y arrête pas, mais poursuis ta lecture jusqu’à la fin. En reprenant ensuite ce cours biblique, tu auras tous les éclaircissements nécessaires. Remarque tout le long de ta lecture comment Dieu a formé par Abraham une société monothéiste au milieu des nations païennes de l’époque. Note son rôle spirituel, non politique. Dieu a formé cette communauté à partir d’un homme syrien et n’a absolument pas choisi un peuple hébreu, celui-ci étant inexistant à l’époque.

Le chapitre 14 raconte la guerre d’Abraham pour sauver Lot, son neveu. Je t’avais expliqué pourquoi le verset 13 mentionne Abram « l’hébreu », mot glissé par les scribes pour donner l’impression que les Hébreux existaient dès le commencement du monde. Souviens-toi toujours que le Rayon de la Révélation divine est passé par le prisme déformant de la politique sioniste raciste. Pour retrouver ce Rayon dans sa pureté et dans sa limpidité, il faut, comme je te l’ai déjà dit, exorciser la Bible de son contenu politico-sioniste, tout comme l’or est purifié de la boue par le feu, et comme le blé est libéré de l’ivraie.

Après la victoire d’Abraham, Melchisédech vint le féliciter et le bénir. Qui est Melchisédech? Il n’est pas connu de l’Histoire. La Genèse n’en révèle que ses aspects symboliques, des traits, comme l’explique Paul, qui « l’assimilent au Fils de Dieu », Jésus (Hébreux 7,1-3). La Genèse révèle qu’il est à la fois roi et prêtre. Il est roi de « Salem » (Jérusalem) tout en étant prêtre de « El-Eliôn », mot araméen qui signifie « Dieu Très-Haut » ou « Dieu Suprême », plus haut et plus grand en puissance que tous les autres dieux de la mythologie moyen-orientale. À remarquer que c’est ce Dieu Suprême qui « créa ciel et terre » (Genèse 14,19). Le Dieu qu’adorait Melchisédech est donc, à son insu, le Dieu unique Créateur que nous connaissons, Celui qui s’était révélé à Abraham, puis à Moïse et qui s’est incarné en son Messie, Jésus de Nazareth.

Melchisédech symbolise donc le Christ qui, comme lui, est à la fois Prêtre et Roi. Jésus est prêtre parce qu’il s’est offert en sacrifice Lui-même à Dieu -non par un autre prêtre- sur l’autel de la Croix à Jérusalem, la cité de Melchisédech. Jésus est aussi le roi spirituel, le souverain des coeurs, son règne n’étant pas politique et englobe les hommes de toutes races et langues. Jésus règne sur les croyants à partir de la Jérusalem céleste (Apocalypse 21,2), symbolisée par la Jérusalem terrestre, la « Salem » de Melchisédech. C’est de Jérusalem donc que règnent et qu’offrent leurs sacrifices, Melchisédech et Jésus. En présentant Melchisédech, roi et prêtre de « Salem », Dieu indiquait un autre Roi et Prêtre qui sortira 2000 ans plus tard de cette même ville: Jésus, qui, lui aussi, offre le Pain et le Vin Eucharistiques aux siens tous les jours.

Jésus est prêtre, mais son sacerdoce n’est pas comme celui des Païens, limité à égorger des animaux à Dieu. Le sacerdoce du Christ est semblable à celui de Melchisédech qui « apporta du pain et du vin » car « il était prêtre du Dieu Très-Haut », explique aussitôt la Genèse 14,18. Le sens réel du pain et du vin fut clarifié par Jésus lors de son dernier repas pascal avec ses Apôtres: le pain est son Corps déchiré et le vin est son sang versé sur la croix (Matthieu 26,26-29). Le pain et le vin de Jésus rendent donc présent son sacrifice. C’est le sacrifice du nouvel ordre sacerdotal institué par Lui pour le salut de tous les croyants. Il réduit à néant les sacrifices d’animaux prescrits par la Torah, mais incapables d’attendrir le Coeur de Dieu: « Le sang de taureaux et de boucs est impuissant à enlever les péchés », dit Paul (Hébreux 10,4). Cela deviendra clair plus tard.

Melchisédech, comme roi-prêtre, bénit Abraham, le détenteur de l’Alliance divine: « Béni soit Abram par le Dieu Très-Haut (El-Eliôn) qui créa le Ciel et la terre » (Genèse 14,19). Remarque au verset 14,22 qu’Abraham jure à son tour devant le roi de Sodome par « Yahvé, le Dieu Très-Haut qui créa le Ciel et la terre ». Il révèle ainsi qu’il n’y a qu’un seul Dieu créateur, que son nom n’est pas « El-Eliôn », le « dieu » de la mythologie, abstrait et inconnu, mais « YHVH », (mot signifiant « Celui qui est »), le Dieu de la Révélation, qui s’est manifesté personnellement aux hommes, par lui, Abraham.

Melchisédech apparaît subitement, comme une scène hors du contexte, interrompant l’histoire de la rencontre du roi de Sodome avec Abraham qui reprend aussitôt après. Cela aussi est symbolique: le spirituel fait irruption dans notre vie temporelle, il interrompt le cours de l’histoire profane pour se révéler à l’homme, pour capter son attention. Puis l’histoire du roi de Sodome reprend son cours: il continue son entretien avec Abraham. Ceci signifie que l’homme doit reprendre le cours de la vie normale après avoir rencontré le spirituel, mais doit s’efforcer de ne jamais oublier ce monde spirituel qui s’est révélé à lui.

L’étonnant dans cette histoire est qu’Abraham, lui, le détenteur de l’Alliance divine, donne à Melchisédech « la dîme de tout » (Genèse 14,20). C’est aussi ce dernier qui bénit Abraham: « Considérez donc comme il est grand celui à qui Abraham donna la dîme… et qui a béni le détenteur des promesses. Or, c’est l’inférieur (Abraham) qui est béni par le supérieur », dit St Paul (Hébreux 7,4-7). La raison de la grandeur de Melchisédech est que celui-ci préfigurait le sacerdoce du Messie. Le roi David expliqua cette préfiguration dans un Psaume (cantique inspiré), 800 ans plus tard. Il s’adresse au Messie à venir en ces termes: « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melchisédech » (Psaumes 110,4).
Melchisédech préfigure donc le Christ car son sacerdoce représente celui que Dieu agrée, une adoration « en esprit et en vérité » comme l’explique Jésus (Jean 4,23), non un sacerdoce humain avec son trafic d’argent et son culte rituel (vêtements sacerdotaux, encens, ornements, gestes précis etc.). Dieu ne se laisse pas fléchir par un tel sacerdoce théâtral: Il est intervenu dans l’Histoire humaine pour nous révéler que le sacerdoce de Melchisédech, tout païen qu’il était, était plus valable à ses yeux que les cultes pseudo religieux. C’est pourquoi il révéla que le sacerdoce de son Messie ne sera pas selon l’ordre d’Aaron, l’hébreu -pourtant issu d’Abraham, comme tu verras plus tard- mais selon un ordre étranger à cette descendance charnelle. Ceci s’accomplit par Jésus qui institua, par sa mise en croix, un sacerdoce étranger aux Juifs. Jésus est prêtre, il est même Le Grand Prêtre d’un nouveau sacerdoce, tout en n’étant pas de la tribu de Lévi, comme l’explique Paul dans sa lettre aux Hébreux, chapitres 5-7. Pour les Juifs, seuls les lévites descendants d’Aaron, peuvent être prêtres et sacrifier les bêtes (Nombres 18). Par Jésus, Dieu bouleversa toute cette conception humaine du sacerdoce en annulant, par la Croix, les sacrifices d’animaux.

Avec l’Apocalypse, (tu verras cela plus tard), Dieu bouleverse la conception rituelle du sacerdoce chrétien en instituant une prêtrise nouvelle. Celle-ci est formée par tous ceux qui croient à l’unique interprétation du livre de l’Apocalypse révélée par Jésus Lui-même le 13 Mai 1970. (voir le texte « La clé de l’apocalypse ».)

Ainsi, bien que l’apparition de Melchisédech soit brève et que celui-ci ne soit mentionné qu’une seule fois encore dans l’Ancien Testament (Psaumes 110,4), la référence à ce personnage énigmatique comporte un très précieux enseignement. Il permet aux croyants courageux de se libérer des cultes traditionnels imbus de superstition et de fanatisme. Ainsi ils accèdent aux plus hauts degrés de l’union spirituelle avec Dieu par un sacerdoce du coeur, selon « l’ordre de Melchisédech », non selon un ordre de culte théâtral juif, chrétien, musulman, bouddhiste ou humain quelconque… Jésus avait dit: « Les vrais adorateurs adoreront Dieu en esprit et en vérité, car ce sont de tels adorateurs que veut Dieu. Dieu est esprit et ceux qui adorent c’est en esprit et en vérité qu’ils doivent adorer » (Jean 4,23-24).

Tel est l’enseignement à retenir de Melchisédech.

Il serait bon, à cette étape, de lire les chapitres 5-10 de la lettre aux Hébreux. St Paul y commente merveilleusement le rôle de Melchisédech et expose l’importance du nouveau Sacerdoce de Jésus pour le salut de l’humanité. C’est le salut promis à Adam et Ève.

L’Alliance des Moitiés (Genèse 15,7-17)

Dieu promit à Abraham, dont la femme était stérile et âgée, une descendance et une terre d’accueil. Ce fils tant attendu n’arrivait pas. Abraham, âgé de plus de 80 ans, se plaignit à Dieu de ce qu’un étranger à sa maison sera son héritier: « Monseigneur Yahvé tu ne m’as pas donné de descendance, je m’en vais sans enfant et Éliezer de Damas sera mon héritier ». Mais Dieu lui dit: « Celui-ci ne sera pas ton héritier, mais bien quelqu’un issu de ton sang ». Abraham demanda ensuite d’être rassuré sur le pays qu’il devait habiter après avoir quitté Harân: « À quoi saurais-je que je le posséderai? « . Il avait besoin d’un signe tangible pour croire, surtout à l’époque, au miracle. Il avait compris la difficulté de sa mission et du pacte avec Dieu et voulait que la « signature » de Dieu soit apposée au bas du « contrat » entre eux. Dieu lui dit donc: « Va me chercher une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, etc. ». Abraham « amena tous ces animaux, les partagea par le milieu (après les avoir égorgés) et plaça chaque moitié vis-à-vis de l’autre » (Genèse 15,1-11).

Pour comprendre ce texte, il faut savoir que les hommes du temps d’Abraham étaient superstitieux. Aussi, il était de coutume qu’un contrat se fasse de la façon suivante: un animal (ou plusieurs animaux, selon l’importance du contrat) était sacrifié à cet effet, puis coupé en deux moitiés entre lesquelles passaient les contractants. Ce passage entre les deux morceaux signifiait que le pacte était conclu et que la partie qui romprait les clauses du contrat subirait le sort de cet animal (ou de ces animaux) et serait déchirée par le milieu par les dieux. Cette coutume était pratiquée même par les Juifs bien après Abraham, elle est mentionnée par le prophète Jérémie, au VIe siècle av. J.-C., 1500 ans après Abraham, qui dénonce l’infidélité des Hébreux en ces termes: « Ces hommes qui ont outre passé l’accord qui était le mien, qui n’ont pas observé les termes de l’accord conclu par eux en ma présence, je vais les rendre comme le veau qu’ils ont coupé en deux pour passer entre ses morceaux. Les chefs de Juda et de Jérusalem, les eunuques, les prêtres et tout le peuple du pays, qui ont passé entre les moitiés du veau, je les livrerai entre les mains de leurs ennemis » (Jérémie 34,18-20).

Pour indiquer qu’il accomplira sa promesse faite à Abraham, Dieu, sous la forme « d’un four fumant et d’un brandon de feu », passa entre les morceaux coupés. La Genèse explique que « ce jour-là, Yahvé conclut une alliance avec Abram » (Genèse 15,17-18). Dieu avait ainsi « signé » le contrat avec son élu. Cette vision était le signe tangible demandé par Abraham.

On croyait à cette époque que si des oiseaux carnivores parvenaient à dévorer la chair des animaux sacrifiés, ce serait un mauvais augure pour le pacte. C’est pourquoi la Bible dit: « Les rapaces s’abattirent sur les cadavres, mais Abram les chassa » (Genèse 15,11). Encore un signe que cette alliance réussira. Abraham aura donc sa « terre » et sa descendance de Sarah, son épouse vieille et stérile. Malgré l’impossibilité humaine de l’accomplissement des termes du pacte « Abram crut en Yahvé qui le lui compta comme justice (à cause de sa foi) » (Genèse 15,6). La foi d’Abraham est une lumière pour tous les croyants. Elle anima les Apôtres et St Paul s’y réfère souvent et la présente comme exemple: « Abraham crut en Dieu, et ce lui fut compté comme justice. Comprenez-le donc: ceux qui se réclament de la foi (en Jésus), ce sont eux les fils d’Abraham » (Galates 3,6-7).

Cette vision nous mène à deux conclusions très importantes qu’il faut retenir pour comprendre l’esprit de la Bible:

1) Dieu est pédagogue: Il emploie le langage de l’homme et respecte sa mentalité. Il s’abaisse au niveau de l’homme, s’adresse à lui dans un langage humain pour se faire comprendre, puis Il l’élève graduellement à la mentalité divine qui est l’Esprit Saint. Aussi, en passant par les moitiés, donne-t-il à Abraham un signe que celui-ci peut comprendre.

2) Pour comprendre un prophète, il faut le placer dans son contexte historique et social. Ceci est valable, non seulement pour les deux Alliances (l’Ancienne par la Torah, et la Nouvelle par l’Évangile), mais aussi, aujourd’hui, pour l’Alliance Apocalyptique, celle de la Fin des temps qui est la dernière Alliance, la dernière chance donnée aux hommes pour s’amender. Le messager apocalyptique doit être vu avec des yeux nouveaux et, pour être compris, il faut le placer dans le contexte historique et social de son époque: le XXe et XXIe siècle.

Ismaël (Genèse 16)

Abraham et Sarah, ignorant la toute-puissance de Dieu, ne comprirent pas comment Dieu leur donnerait un fils, vu leur vieillesse et la stérilité de Sarah. Le miracle n’était pas encore connu.

En ce temps-là, une loi du roi Hammourabi stipulait que, dans le cas de stérilité, une épouse légitime pouvait avoir des enfants considérés légitimes en permettant à son mari de coucher avec sa servante. L’enfant naissant de cette relation extra-maritale était néanmoins considéré celui du couple marié, à condition d’être reçu, à sa naissance, dans les bras de l’épouse légitime pour signifier son plein consentement (aujourd’hui il y a des « mères porteuses »).

Sarah, dont la foi semble être moins solide que celle de son mari, voyant qu’un fils ne venait pas d’elle, poussa Abraham à aller vers Agar, sa servante égyptienne, car elle se savait stérile: « Va donc vers ma servante. Peut-être obtiendrai-je par elle des enfants. Et Abram écouta la voix de Saraï » (Genèse 16,2). Cet acte se reproduira plus tard avec Jacob, le petit-fils d’Abraham, qui s’unit aux deux servantes de ses épouses, Rachel (Genèse 30,1-6) et Léa (Genèse 30,9-13).

De l’union entre Abraham et Agar naquit Ismaël. Abraham avait alors 86 ans (Genèse 16,16). Tu remarques que Dieu ne s’est pas pressé d’accomplir sa promesse de donner à Abraham un fils par Sarah; c’est sa façon de faire grandir l’homme à la taille divine par la patience.

Ainsi, Sarah prit l’initiative d’avoir un fils à sa façon. Mais Dieu avait son plan à lui qu’il ne va pas modifier. La naissance d’Ismaël ne l’empêcha pas d’apparaître de nouveau à Abraham pour lui révéler son plan miraculeux: « Ta femme Saraï… tu l’appelleras Sara. Je la bénirai et même je te donnerai d‘elle un fils ». Cela parut trop merveilleux au vieillard: « Un fils naîtra-t-il a un homme de cent ans, et Sara qui a 90 ans va-t-elle enfanter? Oh! Qu’Ismaël vive devant ta face », répondit Abraham qui « tomba à terre devant Dieu et se mit à rire » devant une telle annonce incroyable. Mais Dieu insista: « Ta femme Sara te donnera un fils, Isaac. J’établirai mon Alliance avec lui » (Genèse 17,15-19). Ce fut l’annonce du premier miracle de l’Histoire humaine. L’Alliance signifiait que de la lignée d’Isaac viendra le Messie.

Isaac (Genèse 17 et 18)

Abraham devait attendre longtemps ce fils annoncé lors de l’alliance « des moitiés ». En effet, Isaac ne naquit qu’une quinzaine d’années après cette vision.

À l’annonce de sa naissance, tant son père que sa mère « se mirent à rire » (Genèse 17,17; 18,12). Cette occasion de rire est à l’origine du nom d’Isaac (Yitzhac) qui signifie « rire » en hébreu, comme « Yidhac » en arabe: « Dieu m’a donné de quoi rire, tous ceux qui l’apprendront me souriront. Qui aurait dit à Abraham que Sara allaiterait des enfants! Car j’ai donné un fils à sa vieillesse », commente joyeusement l’épouse du vieillard qui, à la naissance d’Isaac, avait 90 ans et son mari 100 ans (Genèse 21,6-7). Seul Dieu pouvait annoncer à Abraham pareille surprise et l’accomplir. Pour le vieux couple, il y avait de quoi rire. Nous aurions fait de même. Beaucoup riraient devant une nonagénaire enceinte.

Isaac est important parce qu’il vient concrétiser matériellement le signe demandé par Abraham à Dieu: ce fils est l’accomplissement du pacte « des moitiés ». Ce signe, inexplicable par la science de tous les temps, est un témoin redoutable pour les hommes de tous les siècles. Il ne concerne donc pas Abraham seulement: il nous met tous en cause car l’Alliance que devait perpétuer Isaac était à travers le Messie; celle-ci devait venir de la lignée de ce fils d’Abraham, non d’un autre, car Dieu dit: « En faveur d’Ismaël aussi je t’ai entendu: je le bénis… Mais mon alliance je l’établirai avec Isaac » (Genèse 17,21).

Ce miracle consolida la foi d’Abraham; il doit aussi affermir la nôtre. C’est dans ce but que Dieu l’a voulu.

Le plan de salut annoncé à Adam et Ève s’accomplit donc par Abraham. Il doit paraître comme une initiative et une intervention divines, une preuve irréfutable de l’existence et de la toute-puissance de Dieu, et d’un plan divin que les hommes doivent respecter et suivre. Seuls les hommes de bonne foi verront et comprendront.
Tu auras remarqué la patience de Dieu: ce n’est que 13 ans après la naissance d’Ismaël que le Créateur précisa son plan à Abraham. Celui-ci ne pensait plus avoir d’autres fils, sa femme non plus. Ils se suffisaient d’Ismaël. Mais Dieu avait son plan et, pour le mener à bon terme, il devait bouleverser les perspectives humaines. Telle est sa Sagesse. La créature doit sans cesse apprendre à s’adapter à la volonté du Créateur; elle découvrira la sagesse profonde de Dieu en se pliant à sa volonté sans résistance et ne regrettera jamais de se laisser faire par Dieu.

Avec Isaac, Dieu a démontré sa Toute-Puissance, il a ainsi préparé l’humanité à un autre miracle, encore plus merveilleux, celui de la naissance du Messie 2000 ans après Abraham: Jésus naquit de la Vierge Marie par action divine directe, sans même l’intervention d’un homme: « L’Ange Gabriel fut envoyé par Dieu à une vierge… Marie… et lui dit: Tu concevras et enfanteras un fils… On l’appellera Fils du Très-Haut. L’Esprit-Saint viendra sur toi… C’est pourquoi l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu… » (Luc 1,26-38).

Isaac vient donc préparer les hommes à l’accueil du Messie. L’on n’est plus justifiable si l’on ne croit à la naissance miraculeuse de Jésus.

La circoncision (Genèse 17,9-14)

La circoncision est une coutume pré-biblique; elle existait avant Abraham, souvent pratiquée par les Païens pour différents motifs. Dans une guerre, les vainqueurs soumettaient les vaincus à « l’humiliation » de la circoncision. Ce fait est rapporté par la Bible elle-même: le roi Saül exige de David « cent prépuces de palestiniens pour tirer vengeance des ennemis du roi » (1 Samuel 18,25). Cette pratique ne signifie donc pas nécessairement une alliance avec Dieu, même si les scribes de l’Ancienne Alliance, la présente comme un « signe de l’Alliance » avec Dieu (Genèse 17,11).

Dès l’Antiquité, la circoncision était pratiquée partout dans le monde. Aujourd’hui encore, certaines tribus d’Australie, d’Afrique et d’Amérique la considèrent comme un signe de virilité: un homme refuse de donner sa fille en mariage à un incirconcis. Certains pratiquent cette opération même aux filles (ablation du clitoris).

Abraham, voyant que les Païens se faisaient circoncire pour leurs dieux, pensa qu’il devait, à plus forte raison, se soumettre à cette opération pour le seul vrai Dieu. Mais avec le temps, les prophètes comprirent la valeur symbolique de cet acte et Moïse exige déjà que le coeur soit circoncis (Deutéronome 10,16). Jérémie, lui aussi, insiste sur la purification de l’âme par la circoncision du coeur (Jérémie 4,4). Ce grand prophète ne cesse d’inviter les croyants à l’introspection et au « nettoyage » de la conscience, dénonçant l’illusion et la superficialité de la circoncision du prépuce, et soulignant qu’elle est en usage même chez les Païens: « voici venir des jours -Oracle de Yahvé- où je visiterai tout circoncis qui ne l’est que dans sa chair: l’Égypte, Juda, Edom… Tous ces peuples-là, et donc toute la maison d’Israël, ont le coeur incirconcis » (Jérémie 9,24-25). Note que Juda (les Juifs) est mis au même rang que les Païens d’alors (l’Égypte, Edom) malgré la circoncision, et que cette coutume était en usage hors des frontières de la Palestine.

Il faut comparer la circoncision aux cultes modernes inspirés par le paganisme: vêtements sacerdotaux, encensement, génuflexion etc. Toutes ces formes d’adoration ne sont que des illusions, une religiosité superficielle incapable de plaire à Dieu et d’aider à l’évolution spirituelle. Ce sont des obstacles matériels à la vraie élévation de l’âme. Nous pouvons en dire de même pour le baptême par l’eau, ce n’est qu’un symbole. Le seul culte valable est celui de la connaissance et de l’amour, l’adoration de Dieu en « esprit et en vérité » comme déjà mentionné (Jean 4,23-24).

Avec l’Évangile, nous passons définitivement du concept physique de la circoncision au concept spirituel qui rend cette coutume caduque: « la circoncision n’est rien, rien non plus l’incirconcision, ce qui compte c’est d’observer les commandements de Dieu », dit Paul (1 Corinthiens 7,19). Et encore: « Dans le Christ Jésus, ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par l’amour » (Galates 5,6), « C’est en lui (Jésus) que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas de main d’homme par l’entier dépouillement de votre corps charnel. Telle est la circoncision du Christ », ajoute Paul (Colossiens 2,11).

« Vain est leur culte », dit Jésus des Pharisiens et des scribes malgré leur circoncision (Matthieu 15,9). Isaïe, comme la plupart des prophètes, avait, lui aussi, dénoncé ces cultes: « Yahvé a dit: Ce peuple ne m’approche qu’en paroles, il ne me glorifie que des lèvres tandis que son coeur reste loin de moi et que sa religion envers moi n’est que commandements humains, leçons apprises! » (Isaïe 29,13). Nous nous étonnons que des « disciples » de Jésus insistent, aujourd’hui encore, à adorer suivant des cultes et des rites dénoncés par Jésus et les prophètes: « Hypocrites, Isaïe a joliment prophétisé contre vous quand il a dit: Ce peuple m’honore des lèvres, mais leur coeur est loin de moi. Vain est le culte qu’ils me rendent: les doctrines qu’ils enseignent ne sont que préceptes humains », répète encore Jésus (Matthieu 15,7-9).

Révélation de la Trinité divine (Genèse 18)

Le chapitre 18 répète l’annonce faite par Dieu à Abraham concernant la naissance d’Isaac, mais cette fois en présence de Sara. Dans le premier récit, c’est Abraham qui « se mit à rire » (Genèse 17,17), mais dans le second, c’est Sara qui, « écoutant à l’entrée de la tente, derrière Abraham »… elle qui « avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes », c’est elle qui « rit en elle-même, se disant: « maintenant que je suis usée, je vais connaître le plaisir! Et mon mari qui est un vieillard! » (Genèse 18,11-12).

On reconnaît les deux récits à la répétition de la mention qu’Isaac naîtra « l’an prochain à la même saison » (Genèse 17,21; 18,14). Il y a là deux traditions orales, la seconde se voulant respectueuse de la dignité du Patriarche: ce n’est pas lui qui a ri et douté, mais Sara dont la foi est plus faible que celle de son époux considéré irréprochable. Le premier récit relève de la tradition élohiste: « Dieu (Elohim) dit à Abraham… » (Genèse 17,9-22), et le second de la tradition yahviste: « Yahvé lui apparut au Chêne de Mambré… » (Genèse 18,1-14).

Dieu, qui voit les coeurs, saisit le rire intérieur de Sara, Il lui demanda pourquoi elle avait ri, non pour l’accabler, mais pour lui faire réaliser sa Toute-Puissance. Elle, se sentant découverte, eut peur et nia disant: « Je n’ai pas ri ». Mais Dieu, bon et compréhensif, reprit paternellement: « Si, tu as ri », Il ne considéra pas mensongère l’attitude intimidée de sa « petite » créature (Genèse 18,15).

Le point le plus important dans ce second récit est la révélation de la Divine Trinité. En effet, Dieu apparut à Abraham sous la forme de Trois Personnes: « Ayant levé les yeux, voilà qu’il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui » (Genèse 18,2).

Le dialogue entre Dieu et Abraham est lui-même révélateur: le Patriarche s’adresse à ces trois Personnes tantôt au singulier, tantôt au pluriel. Il semble ne pas comprendre s’il doit s’adresser à un seul ou à trois: « Monseigneur, je T’en prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux… Qu’on apporte un peu d’eau et vous vous laverez les pieds… Ils répondirent: « Fais comme tu as dit » (Genèse 18,2-5). C’est le Dieu-Trinité qui fait irruption dans le monde des hommes et se révèle, 2000 ans déjà avant le Christ, sans être saisi par l’intelligence humaine encore opaque.

Relis le chapitre 18 attentivement en y réfléchissant. Que penses-tu de ces trois personnes apparues à Abraham? Pourquoi le dialogue varie-t-il entre le singulier et le pluriel? Donne tes explications.

Médite sur la manière dont ce récit est rapporté: tout est dit simplement, avec fraîcheur et sans fausse pudeur, surtout de la part de Sara. Abraham s’empresse d’accueillir son hôte avec un enthousiasme spontané et lui offre ce qu’il a de mieux dans son troupeau (contrairement à l’avarice de Caïn). Et Sara, flétrie par l’âge, qui « avait cessé d’avoir ce qu’ont les femmes », se demande avec son rire caché: « Maintenant que je suis usée, je connaîtrais le plaisir »… avec un mari désormais « vieillard »!…

Ces traits nous révèlent la physionomie d’Abraham: Un homme simple, droit et entier, au coeur généreux, spontané et suffisamment souple pour se laisser modeler par Dieu. Ceci explique pourquoi Dieu le choisit. N’oublie pas que le choix divin est tombé sur cet homme, un Syrien, et non point sur un « peuple » hébreu au coeur endurci et rebelle à Dieu comme le révèlent les prophètes (Isaïe 1,2-4; Jérémie 7,25-28… etc.).

Sodome et Gomorrhe (Genèse 19)

Après avoir annoncé la naissance d’Isaac, Dieu révéla à Abraham sa détermination de frapper Sodome et Gomorrhe à cause de leurs perversités. Ces deux villes, situées au sud de la mer Morte, étaient réputées pour leurs débauches, notamment l’homosexualité, d’où l’expression « sodomie ». Dieu décida de les châtier, comme il avait agi auparavant, du temps de Noé, avec une civilisation dissolue. Cela devait servir de leçon aux générations futures et être un exemple du châtiment qui s’abattra sur le monde impie à la fin des temps (Luc 17,26-30).

Lot et sa femme sont invités à quitter Sodome avec leurs deux filles car ils ne s’étaient pas laissé contaminer par les sodomites. Le vice de ces derniers était clairement l’homosexualité (Genèse 19,4-11). Il est recommandé à la famille de Lot de ne pas se retourner en partant (Genèse 19,17), c’est-à-dire de quitter sans regret ce passé, sans y laisser le coeur à cause des possessions, maisons, etc., mais de regarder vers l’avenir, confiants en Dieu. La femme de Lot ne tint pas compte de cette recommandation divine et fut transformée en « colonne de sel » (Genèse 19,26).

Nous devons comprendre le sens symbolique de cette histoire: Il ne faut jamais hésiter à abandonner une vie sans Dieu. Qui désire s’élever doit se libérer de l’attraction mondaine pour s’élancer vers la vie spirituelle sans regarder en arrière, sans entretenir la nostalgie des plaisirs passés: « Quiconque a mis la main à la charrue (la vie spirituelle) et regarde en arrière est impropre au Royaume de Dieu », avait dit Jésus (Luc 9,62).

Naissance d’Isaac et renvoie d’Agar et d’Ismaël (Genèse 21)

Après la naissance d’Isaac, « Sara aperçut le fils né à Abraham de l’égyptienne Agar plaisanter avec son fils Isaac: elle dit donc à Abraham: Chasse cette servante et son fils, il ne faut pas que le fils de cette servante hérite avec mon fils Isaac » (Genèse 21,9-10). Sara renie, ainsi, Ismaël comme son fils et le rejette, l’exilant avec sa mère… après avoir été l’instigatrice de l’union de son mari avec Agar.

L’attitude de Sara « déplut fort à Abraham, à propos de son fils », mais Dieu lui dit: « Ne te chagrine pas à cause du petit et de ta servante, tout ce que Sara te demande accorde-le, car c’est par Isaac qu’une descendance perpétuera ton nom » (Genèse 21,9-12).

Dieu laisse faire cette jalousie féminine; Il consent au renvoi d’Agar et d’Ismaël non pour les discréditer et approuver Sara, comme l’interprètent les rabbins, mais pour accomplir son plan messianique par Isaac. Il fallait que règne la paix dans la famille, sans querelle. C’est pourquoi Dieu demande à Abraham de ne pas s’attrister à cause de cet éloignement. Dieu confirme sa bénédiction donnée déjà à Ismaël (Genèse 17,20), rappelant qu’il en « fera un grand peuple, car il est ta descendance » (Genèse 21,13).


Lieux et peuples de Canaan mentionnés dans l’histoire des patriarches

Cette bénédiction divine contredit le comportement des Juifs fanatiques à l’égard d’Ismaël et des Arabes, sous prétexte que leur ancêtre, Ismaël, fut « chassé » par Abraham. Ce n’est pas dans cet esprit raciste que l’éloignement d’Ismaël est présenté par la Genèse qui le considère, lui aussi, de la descendance d’Abraham. Après l’expulsion d’Agar et son fils, un Ange leur apparut pour soutenir et consoler la mère éperdue: « Ne crains pas, Agar, car Dieu a entendu les cris du petit. J’en ferai un grand peuple. Dieu dessilla les yeux d’Agar et elle aperçut un grand puits. Elle alla remplir l’outre et fit boire le petit. Dieu fut avec lui… » (Genèse 21,14-21).

Dieu n’abandonna jamais Ismaël, mais son plan messianique devait s’accomplir par Isaac.

Le sacrifice d’Isaac (Genèse 22)

Les Païens de ce temps avaient coutume d’offrir leurs enfants en sacrifice aux idoles. Ceci fut pratiqué même par certains rois juifs après Abraham et condamné par les prophètes (Jérémie 7,31). Abraham, sous le poids d’une crise de conscience, voulut offrir à Dieu son fils comme les Païens offraient leurs enfants à leurs dieux, croyant honorer Dieu ainsi. Mais Celui-ci intervint à temps pour l’en empêcher et signifier qu’il n’est pas comme les « dieux » païens qui exigent des sacrifices humains: un Ange lui dit: « N’étends pas la main contre l’enfant, je sais maintenant que tu crains Dieu… Tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. Abraham leva les yeux et vit un bélier… Le Patriarche « offrit la bête en holocauste à la place de son fils » (Genèse 22,9-13).

Plus tard, Dieu expliqua par les prophètes que les seuls sacrifices qui lui étaient agréables étaient le repentir, la justice et l’amour. Le prophète Michée s’écria: « Avec quoi me présenterai-je devant Yahvé…? Faudra-t-il que j’offre mon aîné pour prix de mon forfait, le fruit de mes entrailles pour mes propres péchés?… On t’a fait savoir, homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi: rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement avec ton Dieu » (Michée 6,6-8).

Avec la venue de Jésus, une nouvelle lumière nous fut donnée. Non seulement Dieu n’exige pas des hommes leurs enfants en sacrifice, mais c’est lui, Dieu, qui offre son Fils unique aux hommes en sacrifice pour leur salut: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle », avait dit Jésus (Jean 3,16); et encore: « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jean 15,13-14).Par son intervention dans l’histoire humaine, Dieu a changé, avec sagesse et pédagogie, la mentalité de l’homme concernant les sacrifices et, avec la venue de Jésus, le bouleversement fut total. Les dieux dictateurs de la mythologie cédèrent la place à l’unique Créateur qui s’est révélé bon, compatissant et miséricordieux.

Le mariage d’Isaac (Genèse 24)

Abraham voulut une femme « de son pays, de sa parenté » pour son fils Isaac (Genèse 24,1-4). Il envoya donc son serviteur en Syrie, en « Aram naharayim », c’est-à-dire « Syrie des fleuves » (au nord du Tigre et de l’Euphrate), là où se situe la ville de Harân d’où il était sorti (Genèse 24,10-15). C’est de là que le serviteur ramena Rebecca comme épouse pour Isaac. Celle-ci n’est autre que la petite fille de Milka, la femme de Nahor, frère d’Abraham (Genèse 11,27-29). Elle est donc sa cousine paternelle. De là aussi Rebecca voudra une épouse pour son fils Jacob (Genèse 27,46; 28,5). Ceci démontre l’origine syrienne de la famille d’Abraham.

Réflexion
Dieu tranquillisa Abraham en bénissant Ismaël. Il lui annonça encore que celui-ci « engendrera 12 Princes » (Genèse 17,20) dont les noms sont mentionnés dans Genèse 25,12-16. Ce chiffre est symbolique et doit être mis en parallèle des 12 tribus d’Israël (à voir plus loin les 12 fils de Jacob dans Genèse 35,22-26). Les 12 « nobles » descendants d’Ismaël sont précieux aux yeux de Dieu, et donc dignes d’estime. Comme tous les hommes de bonne foi, ils ont droit au même héritage spirituel que les descendants de bonne foi d’Isaac.

Un écrivain favorable à Agar et Ismaël aurait écrit: « Sara, après avoir eu Isaac, délaissa Ismaël qui en ressentit le coup. Elle finit par l’éloigner, oubliant qu’elle l’avait ardemment désiré et adopté. Or, elle finit, par jalousie, par lui refuser même le droit légitime d’hériter comme Isaac, son frère. L’attitude de Sara « déplut beaucoup à Abraham » (Genèse 21,9-11). Les fanatiques, par la suite, adoptèrent la mentalité chauvine de Sara, au lieu de suivre la bonté et la justice d’Abraham.